DRAMATIS PERSONAE

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CONTEXTE

Venise a sombré, Venise a peur. L'eau s'est teintée de rouge, les rues devenues dangereuses. Cette ville autrefois si magnifique, si belle, comme un petit paradis sur terre est devenue froide et lugubre. À la recherche d'une jeunesse éternelle, deux organismes s'affrontent dans les rues de Venise dans un jeu de meurtre inlassable.

Aileen LevyAres RiveiraMnemosyne
06.08

On fait le plein de nouveauté! C'est par ici.

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A nos autels délaissés x Gaïa

Vincent
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Sam 9 Aoû - 19:31

Thank god heaven left us
Standing on our feet

Parfois, quand il passe la main sur son cou, il a l’impression de sentir encore l’or froid, la forme rassurante d’une croix tout contre sa peau. Elle avait pesé, elle avait laissé une brulure telle qu’il la sent encore sur son épiderme, des années plus tard. Il ne l’avait pas portée comme un fardeau, pas portée comme un don mais un simple étendard à laisser à la vue de tous, pour clamer sa foi.

Parfois, quand il ne trouve que du vide, il a ce sentiment oppressant, cette angoisse d’enfant qui avait peur qu’il le voie, qu’il le juge, qu’il le punisse pour ne pas s’accompagner en permanence de la foi. Il tente d’en rire, aujourd’hui, mais la boule lui enserre toujours la gorge, il est comme une ombre qui regarde en arrière de peur qu’on la suive, qu’on la guette et c’est consternant, c’est si puéril qu’il pourrait en pleurer, s’il en était capable.

Parfois, quand l’absence lui fait mal, si mal qu’il en sent le froid glacé et la douleur diffuse, il respire, il se raccroche à la réalité comme il peut et il sort un téléphone portable pour composer un numéro qu’il tape machinalement, un numéro dont il n’a même pas marqué la destinataire parce qu’il n’en a pas besoin, évidemment, évidemment – parce qu’il le connaît par cœur –.  

Parfois, il prie encore, qu’on réponde, qu’on réponde et il sort le sourire aux lèvres, on l’attend.

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Il y a rarement des nouveautés, dans la Galerie. Elle s’étend sur des centaines d’œuvres, des couleurs et des formes, d’années d’histoire qui prennent vie sous les coups de pinceau. Les touristes s’y perdent, s’y émerveillent et les habitués la parcourent de long en large, à la recherche d’une nouvelle trace, d’un détail qui aurait échappé à leur vigilance, pour un peu de neuf dans ce qui y est déjà connu. On aperçoit parfois une tête rousse, accompagnée d’une autre, rose, qui parcourent tranquillement la place.

Ils ont toujours l’air élégant, des connaisseurs qui apprécient à leur juste valeur les merveilles qui s’entreposent à Venise, sublime Venise, divine Venise. Ils y ont l’air à leur place, étrangement assortis, étrangement semblables dans leurs démarches, leurs gestes. Et on s’y tromperait, on se laisserait prendre au jeu de leurs murmures et de leurs sourires, si on ne grattait la surface. Là où rien n’est lisse, poli, là où se mêlent l’acide des reproches et l’amertume de la moquerie.

Aujourd’hui, il est seul, mais ce n’est qu’une question de temps. Ils espacent leur visite pour laisser à l’endroit l’occasion de se renouveler, de leur apporter de quoi distiller leur venin. Il n’est pas pressé, il a tout son temps, elle a dit qu’elle viendrait, après tout et Gaïa tient ses promesses, Gaïa respecte ses paroles – à sa manière –.

« Oh, regarde celle-ci !*
–  Elle est sublime ! Mets-toi devant, je vais prendre une photo.* »

Et ils parlent, et ils s’agitent, rien, ouvrent grand les yeux pour ne pas louper une miette du spectacle alors que lui, s’impatiente, se mord la lèvre. Il leur envoie un sourire charmant quand il croise son regard, même s’il ne comprend rien à leur charabia. Sans importance, sans aucun doute et il s’en détourne déjà parce qu’il la voit arriver au loin, reconnaissable parmi les touristes scotchés devant leur trouvaille du moment, bouche béante et appareil photo au poing.

« Enfin. Je commençais à me sentir seul devant tous ces imbéciles. Des français... ! Ils sont insupportables. »
La touriste lui jette un regard meurtrier et il comprend son erreur, elle doit avoir suffisamment de notions d’italiens pour avoir saisi le sens de ses mots. Sans se démonter, il lui adresse son sourire le plus hypocrite et entraine Gaïa à sa suite, sans prêter plus d’attention aux insultes qui fusent dans son dos.  Il n’en comprend même pas le sens, de toute façon et il a mieux à faire qu’y répondre.

Oui, bien mieux.

* en français
Gaïa Casaviecchi
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Sam 9 Aoû - 20:29
Le bruit du flot des vagues, attendrissantes, résonnait. Perdue dans ses pensées, la jeune femme, chevelure de feu, fixait cette étendue bleue. Elle remuait inlassablement, laissant la gondole la transperçait, la scinder en deux. Un trajet reposant, sans effort. Le grincement du bois à chaque fois que les rames pénétraient l'eau, le bruit de cette dite eau qui s'éparpillait, c'était comme une symphonie.

Gaïa appréciait les trajets en gondoles. Bien que cela soit plus lent qu'à pied, cela gardait tout son charme. On se sentait comme à part, dans une ville différente, avec une vision des bâtiments tout autre. Un monde à part. Le frottement du bois sur l'eau, les reflets sur la pierre blanche de Venise. Cela faisait sept longues années qu'elle habitait cette vole flottante, mais jamais elle ne se lasserait d'un tel paysage.

Elle regarda sa montre et souffla.
Il attendrait, tant pis. Il sait attendre.

*

La gondole la déposa sur un quai de bois, à l'allure fragile. Elle fit un signe de tête en remerciement, et s'en alla, cheveux au vent, en direction de la galerie d'art. Aujourd'hui était un jour de repos particulier. Un jour où elle irait admirer les oeuvres d'art de la célèbre galerie de Venise. Ces peintures représentant l'histoire de l'Italie, l'évolution artistique d'un pays autre fois maître dans l'art. Un art qui s'est perdu visiblement.

D'un coup de main habile, elle remit des cheveux en place. Ses pas résonnait dans cette salle silencieuse. Quelques touristes haussaient la voix, s'exclamant devant tant de beauté. Tant de maîtrise. Tant de chefs d'oeuvre. Les tableaux sont pourtant les mêmes partout. Qu'y avait-il d'aussi intéressant que d'admirer des couches de couleurs? Elle ferma les yeux, traçant son chemin comme si ils n'existaient pas, comme si ils n'étaient d'autre que de pauvres personnes sans intérêt. Elle détestait. Elle détestait les touristes.


Au fond, elle apercevait enfin la chevelure bonbon de son partenaire du jour. Un sourire s'affichait sur ses lèvres. Il n'avait pas oublié, il était bien là. Sans se presser, elle continua son chemin à la même allure, une démarche plus souple que d'habitude. À chaque pas ses cheveux virevoltaient dans les airs.

« Enfin. Je commençais à me sentir seul devant tous ces imbéciles. Des français... ! Ils sont insupportables. »

Elle arriva à sa hauteur, et avec son plus beau sourire elle lui répondit - sans une once d'ironie.

— Mi scusi signore.

Les insultes fusaient dans leur dos. Elle les regarda de ses yeux froids et sévères. Elle ne riait pas, et pourtant ses lèvres la chatouillaient. Elle en mourrait d'envie. Elle voulait se moquer de ces touristes, qui se croient tout permis. L'art se déguste avec les yeux, dans un silence Le plus complet. Les hommes dans leur genre n'avait visiblement pas suivi une éducation adéquate, quel malheur. Sans un mot, laissant ces français colérer dans leur coin, les deux repartirent.

— Voyons Vincent, il faut être compréhensif. Ils ne savent pas apprécier... ce grand art. Admire-moi les proportions de ce Vittore Carpaccio, du grand art.

L'art est mort ce soir.
Vincent
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Dim 10 Aoû - 20:24
You've left your prayers and song
Silly boy blue, silly boy blue


Son sourire n’a pas le temps de se transformer en rire avant qu’il ne l’arrête, avant qu’il ne se force à garder son air sérieux, impassible, pour répondre à la jeune femme. La plus grande sobriété est lisible sur son visage et il hoche la tête d’un air convaincu, comme il a vu tant d’étudiants le faire, jadis, face à des choses qu’ils ne comprenaient même pas en surface. Il a bien gardé le pli, l’air convaincu, la certitude farouche même à l’erreur et surtout, l’air docte vite trompé par des paroles vierges de sens.

« Sublime, vraiment, c’est un choix avisé, que dis-je, inspiré que de l’avoir affiché ici ! Tu es certaine de ne pas vouloir une photo devant ? »

Son air le plus innocent s’étale sur son visage et il fait mine de chercher son téléphone dans sa poche pour immortaliser le moment, avant de feinter pour simplement lisser un pan de sa veste. Le ridicule a ses limites. Il relève la tête et ses yeux balaient l’allée, s’attardent sur quelques œuvres bien connues qu’ils ont déjà descendues en flamme, maintes et maintes fois. Il s’est tant de fois arrêté sur des détails, pour éviter l’ombre qui s’étendait sur la majorité des tableaux. Un refrain commun, une rengaine déclinée à tous les tons, tous les points de vue, tous les éléments qu’il avait lus, enfant, respectueux et tout dédié à la fois. Il les regarde aujourd’hui avec prudence, désireux de cacher son avidité croissante, le doute en demi-teinte qui finit de lui empoisonner l’existence.

C’est bien assez pour donner l’impression qu’il se retient de critiquer, tout simplement, qu’il est suffisamment poli pour ne pas laisser son mépris mettre à mal les croyances d’autrui.

« C’est plutôt répétitif, à partir d’ici. »

C’est à peine un murmure, les Vierge à l’Enfant, Annonciation et autres s’étalent sur une partie entière et il les trouve toujours aussi désespérément ennuyeuses. Sa bouche s’ouvre pour proposer d’aller plus loin mais il finit se taire, les yeux pétillants, en voyant un groupe d’étudiants, une jeune femme à l’air timide à leur tête, regarder les environs.

« Je crois qu’on a de la chance. Allons-y. »

L’amusement est perceptible dans sa voix et c’est sans hésitation qu’il va à la rencontre de la classe, annonçant sa présence par une toux discrète. Le professeur sursaute, va pour s’excuser et il se donne une seconde de regret, elle a l’air jeune, inquiète et somme toute sympathique mais c’est trop tard et puis, ils ont besoin de divertissement.

« Bonjour, vous êtes la classe de 14h c’est cela ?
Non … Enfin, nous sommes en avance, au téléphone nous…
Nos collègues ont eu un contretemps mais nous sommes disponibles pour vous faire la visite, comme convenu.
Ah euh… Bien… »

Sa voix est timide, douce et quand elle se tourne pour rassembler ses élèves, des adolescents à l’air revêche, ennuyés de se retrouver là, Vincent gratifie Gaïa d’un sourire narquois.

« Ne me dis pas que j’ai eu tort. »

Ils s’avancent en tête, suivis par la classe, prêts à être éblouis par la connaissance de leurs guides improvisés. Oh oui, ils risquent vraiment d’apprendre des choses inédites, aujourd’hui, du jamais-vu dans la Galerie. Et rien qu’à cette idée, le sourire de Vincent s’agrandit davantage.

« Veuillez nous suivre. »

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« …Et à votre gauche, vous pouvez admirer cette magnifique peinture datant du XVème siècle. Comme vous pouvez le contacter, l’harmonie des couleurs, le jeu entre ombres et lumière est époustouflant ! Mais la particularité de cette toile se trouve dans ce que personne n’a su déceler, à l’époque. Si vous regardez attentivement, les silhouettes au premier plan semblent former un dessin, un message dans un autre message. Les analyses à ce sujet sont diverses, certain disent qu’on y voit un pichet de vin, représentant le penchant pour l’alcool de son auteur, d’autres y voient un sexe féminin – clin d’œil – et d’autres encore croient décerner une fusée, annonciatrice d’évènements à venir bien plus loin dans le futur. Et il n’y a pas que… »

Et il continue sa description, en faisant des grands gestes avec les mains, l’air convaincu, sous le regard incrédule des élèves et craintif du professeur en herbe qui pâlit davantage de minute en minute…
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