DRAMATIS PERSONAE

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CONTEXTE

Venise a sombré, Venise a peur. L'eau s'est teintée de rouge, les rues devenues dangereuses. Cette ville autrefois si magnifique, si belle, comme un petit paradis sur terre est devenue froide et lugubre. À la recherche d'une jeunesse éternelle, deux organismes s'affrontent dans les rues de Venise dans un jeu de meurtre inlassable.

Aileen LevyAres RiveiraMnemosyne
06.08

On fait le plein de nouveauté! C'est par ici.

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Nos cendres envolées x Harlequin

Vincent
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Sam 9 Aoû - 22:10
I've been putting out fire
With gasoline

Les cris s’amplifient, les yeux s’agrandissent, émerveillés, fascinés et la danse sans fin des artistes se poursuit. Le regard clair les suit par moments, approuve, pétille parfois de malice à une insolence, à une témérité nouvelle mais est satisfait, toujours, les rares fois où il regarde. De son trône de papier, prêt à s’envoler au moindre souffle de vent, il n’a qu’une hauteur factice,  un regard porté loin parce qu’il ne peut ni les toucher ni se rapprocher. Les rouages habituels des machines, rideaux, décors, tout un monde qui se crée, crissent et agonisent en hurlement de métal, bien vite étouffés par la clameur de la foule. Les yeux rivés vers une montre à gousset accroché à son cou, Vincent finit par se lever et par apparaître, haute silhouette en couleurs.

Les mêmes mots, remerciements et le rideau tombe, comme chaque fois, un succès retentissant et des enfants ravis, des adultes médusés, des adolescents calmés, un court moment, avant que ne commence la ruée vers la sortie.
Il souffle un remerciement vers la troupe, les voit se disperser, éreintés, prêts à entamer un repos où il n’est généralement pas le bienvenu. Il attrape quelques conversations au vol, comme d’habitude, et un sourire se dessine sur ses lèvres, s’épanouit sur son visage comme s’étendrait une fleur vénéneuse. Il entend « C’était grandiose, soufflant ». Il entend « Ces flammes, quel talent. ». Il entend « Le public était transporté. ». C’est bien assez que son regard se rive, un court moment, à la silhouette haute en couleurs qui s’éloigne.

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La nuit s’est étalée sur Venise comme un manteau d’hiver, sombre et étouffant. Dans l’air froid et salé, il croit percevoir des murmures sans sens, des bribes de conversations gravées en relief dans le silence. La lune pâle éclaire leurs quartiers avec dévouement et il ne s’étonne pas d’entendre des voix, d’entendre toujours de l’activité parce que le cirque ne dort jamais, ne meurt jamais et à toute heure, il y aura toujours une lampe allumée.

« C’était un beau spectacle. »

Il ne regarde pas dans sa direction mais il l’a aperçu au loin, impossible à rater, à l’ombre des gradins. Vidé, à peine éclairé par quelques lumières, le chapiteau semble désolé, bien loin de son activité et de ses bruits alors que le public l’habitait encore. Vincent le préfère ainsi, paisible à la nuit tombante. Car c’était toujours la nuit que tout se passait, la nuit qu’il se réveillait. Luvenis Circus, le vrai, pas cette pâle comédie qu’ils entrainaient avec leurs si jolis, si futiles numéros.

Le talon plat de ses chaussures claque contre le métal quand il passe entre les gradins. Le bruit est mécanique, énervant pour qui voudrait entendre le silence. TAC TAC TAC. Sa main effleure la barre de fer. TAC TAC TAC. Son regard accroche le centre de la scène, là où tout se déroulait, il y a à peine quelques heures. TAC TAC TAC. Il s’assoit, bon public, le regard vide.

C’est un autre spectacle, sous ses yeux, une autre route pavée de barrières qu’ils érigent. Il croit y apercevoir des traces de sang, des trainées noires, ténèbres et douleur entremêlés, des vies et des vies gâchées et le désir que ça s’arrête, le besoin de la garder à l’abri, d’accomplir le devoir qui est le leur pour ne pas souiller l’Eternité. Les marionnettes dansent, coupent leurs fils invisibles et il en fermerait les yeux, tant les couleurs l’éblouissent, tant le noir de ses paupières l’avale tout entier pour ne recracher qu’une expression devenue à nouveau impassible.

« J’ai entendu que tu avais été particulièrement brillant. »

Entendu. Entendu parce que Vincent ne regarde pas, ou rarement. Vincent n’a que faire des acrobaties, des tours, des éléments qui se déchainent et des créatures qui font leurs terribles danses. Vincent ne sait que penser de ces instants perdus, de ces instants à sacrifier pour qu’ils gardent leur sublime couverture, de ces instants indispensables à leur sureté, aussi éphémère fut-elle. Vincent n’a que faire des applaudissements et des lumières, seules compte pour lui les secrets gardés et les ténèbres de la nuit.
Harlequin
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Dim 10 Aoû - 1:55





Un dieu
dans
l'arène






Être le meilleur n'était pas facile. Il fallait s'élever au dessus de tous les autres, aussi doués fussent-ils. Et le talent inné ne pouvait pas garantir ça, pas de façon absolue. Du talent, Harlequin en avait. Beaucoup. Il était évident qu'il était le plus talentueux. Mais pour surpasser tout le monde, il fallait, et oui, plus que ça. C'était pour ça qu'il s'entraînait autant. C'était aussi pour avoir l'occasion de se laisser aller, mais surtout pour s'approcher toujours un peu plus de la perfection.

C'était la fin du spectacle. Tout le monde avait salué le merveilleux public. Le rideau était tombé. C'était déjà terminé... Ce soir encore, Harlequin avait été le plus éblouissant. Ça avait été ses flammes qui avaient le mieux illuminé les yeux des gens du premier rang. Ça avait lui le meilleur, tout simplement. Mais c'était déjà terminé... La petite troupe était réunie dans les loges, pour se féliciter, pour se dire bonne nuit.

Mais si c'était la fin du spectacle, ce n'était pas la fin de la journée pour le cracheur de feu. Lui qui aurait presque pu se nourrir simplement de l'admiration du public, il ne pouvait pas s'arrêter là. Il était fatigué, bien sûr. Comme tous les autres. Mais il n'avait pas envie de dormir. Il fallait un tampon entre le tout et le rien. Il avait envie d'être encore l'oiseau de feu tant acclamé.

Hélas... Dans ce chapiteau bientôt déserté par l'effervescence qui l'emplissait à comble quelques dizaines de minutes plus tôt à peine, il n'y avait plus un bruit. Ah... C'était fini. Harlequin avait été nourrit, et maintenant il se baladait sur les reste désolé du corps de son public tant aimé. Oh, oui, il l'aimait, cette foule anonyme. Il l'aimait autant qu'elle l'aimait. C'était une belle histoire faite de réciprocité et de fidélité. Oui, le public, le seul véritable amant de Harle.

▬ C’était un beau spectacle.

Ah... Le jeune héritier releva la tête - elle s'était baissé quand lui s'était envolé à la poursuite du fil de ses pensées. On entendit bientôt un terrible bruit de pas. Sans doute fallait-t-il imaginer que le cracheur n'était pas le seule à aimer être remarqué.

Il sourit largement dans la pénombre amicale. C'était Vincent.

▬ J’ai entendu que tu avais été particulièrement brillant.

Harle sourit de plus belle. L'aîné n'avait pas idée de ce qu'il était probablement entrain de rater.

▬ Je le suis toujours, répondit Harle.

Il replaça une de ses longues mèches derrière son oreille, elle n'y resta pas. Être le meilleur n'était pas facile, c'était pour ça qu'il était aussi orgueilleusement fier de l'être. Il se tourna face au leader de Luvenis Circus, fut même tenté d'avancer de quelques pas. D'une voix un peu plus suave, il demanda :

▬ Tu m'as regardé ?

Bien sûr que non. Vincent était presque dispensé de spectacle, le pauvre n'y trouvait aucun plaisir. L'hypothèse de Harle à ce sujet était qu'il ne savait simplement pas ce que s'était, le plaisir. Lui, quand venait son tour d'entrer en piste, il en avait des frissons d'excitation. Ce n'était pas qu'une couverture. C'était sa vie à part entière, désormais. Il était comme un dieu du feu offrant sa bénédiction à son peuple. Il était grandiose, voilà tout.

C'était tellement libérateur de retirer ses gants, retrousser ses manches et d'enflammer l'huile et les torches. Les flammes dangereuses devenaient un jeu et les meurtrissures de mauvais rêves. Tout était facile. C'était la magie du cirque, c'était de la poudre aux yeux, tout ça. Mais la foule se laissait toujours envoûter, elle n'était pas farouche.

▬ Pourquoi tu n'es pas encore couché ? demanda le sourire de Harle.


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Mar 12 Aoû - 17:57

Lord, I kneel and offer you
my word on a wing

Il fait un geste vague des épaules, sourit un peu plus mais ça n’atteint pas ses yeux, il n’en a pas besoin. Ils restent fixés ailleurs, reviennent se poser brièvement sur Harlequin et il n’a pas besoin de le lui dire, il le sait déjà, mais c’est une habitude qui a la peau dure.

« Pas cette fois. La prochaine, peut-être. »

Les mêmes mots, encore, toujours. Harlequin n’a pas besoin de lui prouver quoi que ce soit, n’a pas besoin qu’il regarde, qu’il s’y intéresse, de toute façon, il ferait juste semblant et se désintéressait tout aussi vite de la foule, des couleurs et des bruits, des artifices et des figures. Il aime l’art, oui, mais de loin, de très loin, là où il peut toucher le ciel, là où il peut atteindre le point le plus haut. Assez haut pour être un tremplin, assez haut pour garder les portes intactes.

Ici, ils ne sont qu’insectes grouillants et il bouge les pieds avec précaution, pour ne pas les écraser, pour ne pas s’écraser lui-même sous l’immense poids de ses propres désirs.

« Quelques affaires à régler.  » Un regard perçant, comme pour juger l’autre, comme pour passer à travers. « Elles paraissent plus claires la nuit.  »

Les nuits de pleine lune, lumineuses, qui éclairent la ville et allongent les ombres.

« Mais j’en ai fini. Les choses ne se passent pas vraiment comme il serait bon qu’elles se passent. » Il grimace, presque théâtral, pour minimiser l’échec, pour minimiser cette impression de tourner en rond, encore, toujours, parce que les erreurs ne viennent pas, parce que le danger les guette sans qu’ils ne puissent en tirer de bénéfices. Il est fatigué de voir les mêmes situations, les mêmes mots, fatigué de bercer ses espoirs pour les voir déçus à chaque nouveau jour, à chaque nouveau cadavre qui n’aura rapporté que du vent. Il perd patience, de plus en plus, il en aurait presque envie de tenter de folie, de faire avancer les choses pour mettre fin à cette attente insoutenable. Pousser l’ennemi à faire des erreurs au lieu d’attendre qu’il les commette. Le dévoiler plutôt que d’attendre qu’il se dévoile.

Mais ils ne peuvent rien faire, rien et il a l’impression que Venise se referme sur eux, qu’elle ne les laissera pas sortir vivant, amante brutale et cruelle, recrachant dans ses eaux profondes leurs cadavres et leurs déchéances.

Sa tête se baisse vers le sol et il le fixe, penseur. « Est-ce vraiment si important pour toi aussi, Harlequin ? De la protéger des hommes ?  » Ou te conterais-tu de cette vie, des lumières, du feu avant l’ombre, de l’ombre avant l’admiration, de l’admiration avant les bruits, applaudissements, avant que le public ne t’offre une chaleur que même tes flammes ne pourront t’accorder ?

Il se le demande, souvent. S’ils avaient pu choisir, s’ils n’avaient pas le poids du passé sur les épaules, ce qu’ils auraient fait. Certains ont fui, déjà, sans qu’il ne puisse les réunir, sans qu’il ne puisse leur faire miroiter la tâche qui est la leur. Et ceux qui demeurent stagnent, ceux qui demeurent le suivent sauf qu’il n’y a nul résultat si ce n’est du sang, nulle victoire si ce ne sont des silences. Ceux qui demeurent auront peut-être envie de s’en aller, un jour, de baisser les bras, les armes et de laisser les ténèbres des hommes l’emporter au loin.

Son sourire devient plus dur, alors qu’il regarde du coin de l’œil le jeune homme. « J’ai l’impression que tu accordes plus d’importances à tes spectacles qu’au reste.  » Le mot spectacle est soufflé comme une insulte, craché, presque méprisant alors que sa voix reste douce. « Non pas que tu aies fait un faux pas. » Il semble presque rêveur, adouci un court moment. Calme avant la tempête, mesurée, certes, mais froide et sèche comme une gifle. « J’ai ... simplement besoin d’être certain de ton investissement. »

J’ai besoin que tu t’y consacres avec la même passion que pour ton art. Que tu t’y jettes corps et âme, que tu t’y brûles, vraiment, pas juste la chaleur des flammes mais un brasier entier pour les empêcher de la souiller.
Harlequin
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Mar 12 Aoû - 20:20






L'amant
et la
maîtresse






Vincent, Vincent, Vincent...
Pourquoi avoir monté une chose aussi merveilleuse qu'un cirque si ce n'était pas pour l'aimer à hauteur de sa merveille ? Pourquoi avoir les cheveux roses si tout le reste était si gris ? Pauvre âme... La vie n'était pas seulement faite de maquillage, et quoiqu'on en dise, les artifices ne deviennent jamais la réalité.

Harle leva les yeux vers le sommet du chapiteau. Plus haut que le fil de la funambule, plus haut que les trapèzes. Le sommet. Tout le monde voulait être au sommet, parce que tout le monde pensait que c'était ce qu'il voulait. Harlequin l'était, lui, au sommet qu'il avait voulu atteindre. Mais Vincent ? Est-ce qu'il y était déjà, est-ce que ce n'était pas assez ?

Il n'était que le Salvateur, après tout. Son rôle, ce n'était pas de comprendre cet esprit distordu.

▬ Si ce sont des choses que la nuit rend plus claires...

Il y avait un courant d'air. Harle le sentait chaud, sur sa nuque. Il l'avait dégagée exprès pour le spectacle, ainsi que ses chevilles, ses poignets. Il aimait tellement ça, la liberté de ne plus devoir s'enrouler dans le tissu. Parfois il rêvait qu'il marchait pieds nus dans les rues de Venise, dans les flaques qui ne se mettaient pas à bouillir. Et puis il se réveillait. Il ne serait probablement libéré de ce corps qu'en mourant, et en attendant, il devait rester au sommet et continuer d'être Harlequin.

▬ ...c'est qu'elles doivent être très sales de jours.

Harle inclina la tête pour jeter un coup d'oeil à ses pieds. Il y avait quelque chose de brillant, il avait cru l'espace d'une seconde que c'était une flamme. Mais c'était simplement un emballage qui reflétait la lumière. Fallait-il être soulagé ou déçu ?

Il y avait tant de choses qui ne tournaient pas autour du feu, qui n'avait même rien à voir. Harlequin et sa farandole de couleurs, et sa danse incandescente, n'étaient pas encore au centre de toutes les pensées. C'était comme si Vincent tout entier existait pour le lui rappeler. Il regardait le cracheur de feu comme s'il crachait de l'eau. Peut-être que le leader du cirque avait donné à sa création toutes ses couleurs, peut-être même qu'il y avait abandonné celles qu'il avait dans les yeux.

Pauvre âme...
Il avait l'air amoureux d'une cause qu'il pouvait à peine toucher du bout des doigts. C'était une histoire très romantique, mais Harle ne pouvait compter que sur lui-même pour tenter de se la raconter. Il n'y avait pas que la couverture à regarder, et pourtant c'était bien difficile d'ouvrir le livre. Tous ces mystères enfermés à l'intérieurs, toutes ces choses à apprendre, serait-ce un roman ou une encyclopédie ? Vincent était quelqu'un d'ennuyeux. Il serait sûrement un livre de théologie compliqué.

▬ Est-ce vraiment si important pour toi aussi, Harlequin ? De la protéger des hommes ?

Ah... Il avait été bête, l'Harlequin, ce n'était pas d'une cause que Vincent était amoureux. C'était de la Fontaine, bien sûr. Pourquoi la chercherait-il avec autant de dévotion, sinon ? Pourquoi voudrait-il la garder jalousement loin des hommes, quitte à la garder loi de lui ? Comme c'était romantique, cet amour torturé. Harle sourit, ce fut un large sourire. Peut-être qu'il était cruel.

▬ Moi, dit-il, et on ne put qu'entendre ce terrible sourire qu'il offrait à Vincent avec une indulgence mal placée, je ne dois pas la protéger des hommes, mais...

Harlequin, aussi paradoxale que ça puisse paraître, était peut-être plus pragmatique que son chef, au moins pour ça.

▬ Protéger les hommes.

Ce n'était pas les mêmes hommes, évidemment. Mais Harle voulait mettre l'accent sur la chair à canon qu'ils étaient devenus, sous ce chapiteau, dans ces roulottes. Il devait faire en sorte que le cirque reste sûr pour eux, il devait les sauver tous. Il les tenait tous des ses bras, contre son coeur, et la majorité d'entre eux ne le savaient même pas. Ils vivaient un rêve difficile, et lui, il devait faire en sorte qu'il ne se réveillent pas, parce que peu importait combien un rêve était dur, la réalité le serait forcément plus.

▬ J’ai l’impression que tu accordes plus d’importances à tes spectacles qu’au reste.

Harle éclata de rire. C'était encore un rire d'enfant. Harle était encore un enfant, après tout.

▬ La Fontaine est ton amante. Le mien, c'est le public. Tu devrais me comprendre.

Les spectacles, c'était sa vie, désormais. Avant les spectacles, sa vie était faite de boue et de noirceur. Puis il y avait eu Vincent, et le cirque. Harle s'approcha de lui, un peu plu près, lentement. Plus près. Il s'assit nonchalamment sur un siège qui passait par là.

▬ Je suis irréprochable. Et je le sais.

Harle avait cette cruauté acides des enfants qui exposent vos pires défauts par curiosité, sans s'en rendre compte.

▬ Je te suis fidèle, Vincent, mais tu es ma maîtresse, dit-il, tout sourire.

La Fontaine, ce n'était pour Harlequin pas moins que ce qui avait séparé son père de sa mère, et lui de son père.
Tout sourire.

▬ Tu ne peux pas vouloir de moi que j'aime ton amante comme tu l'aimes.




Vincent
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Mer 13 Aoû - 9:24

It's the darkest hour
And your voice is new

Il ne peut s’empêcher de rire, d’approuver, c’est si vrai, après tout. La nuit, tout est sali, à Venise, tout est recouvert d’une couche de crasse, de sang, laissé comme une pellicule miroitante pour être éclairé par une lune blafarde. Ils se sont faits aux ombres du soir, ils se sont faits aux cadavres du petit matin et c’est bien suffisant, au fond, pour qu’ils ouvrent l’œil, pour qu’ils se préparent aux griffes acérées une fois que le soleil est à l’agonie. Lui, les attend, lui, les espère parce qu’ils pourront les mener à eux et c’est tout ce dont il a besoin, tout ce qu’il cherche, la trace de leur pas pour arrêter leur folie.

Et il n’y a rien, rien, pour nettoyer ses mains tâchées d’un sang fantôme, une fois qu’on les a trempées dans la fumée dense et noire des complots sans fin.

Il s’empêche de pincer les lèvres, irrité. L’impression qu’un carcan de glace lui étreint la gorge grandit au fil des secondes, se fait douleur pressante, brûlante et il a ce gout d’amertume aux lèvres. Quelque part, il se croit souvent seul, à courir après ses chimères, à chercher ce qui ne peut exister et à défendre ce qui pourrait être souillé. Ils sont autour de lui, silhouettes errantes, ils virevoltent au creux de ses mots, parmi les débris de leurs espoirs et lui, tend la main sans jamais rien saisir. Parce qu’il est seul à la tendre, parce qu’il est seul à la vouloir loin de tout, loin des envies humaines et qu’ils n’ont que faire de leurs symboles gravés sur le fer, de leurs secrets qu’ils considèrent comme un fardeau.

Luvenis, Luvenis. Souvent, il a l’impression que ses hommes sont davantage intéressés par le Circus.

« Non, tu as raison, ce n’est pas ton rôle. Peut-être ai-je trop d’attentes. » Peut-être, peut-être, le désir de les voir aussi investis, de les voir comme une seule flamme, démente, un seul souffle porté au ciel. Il lui offre un sourire plus léger, moins distant. Comme un petit bout de sincérité, une façon d’apaiser la dureté de ses paroles.

Vincent attend peu, au fond, même s’il voudrait espérer davantage. Mais le temps a lissé son caractère, a tué dans l’œuf ses attachements et il n’est plus resté que le rêveur qui ne meurt jamais, l’idéaliste aux mains noires de ténèbres, aux lèvres rougies de poison, qui a délayé sa confiance dans les couloirs des regrets.

« Non, je ne te comprends pas. » C’est clair, franc. Sans ambiguïté, non, non, il ne pourra jamais comprendre, il ne l’a jamais pu. Son idéal a été assassiné en plein vol, son rêve fauché en pleine éclosion alors, les désirs des hommes et leur reconnaissance, leur amour et leur peine, leurs yeux brillants et leur joie, il les regarde de loin mais il ne peut les provoquer, ne veut les provoquer. « Je n’ai connu la fidélité que dans un seul sens. Et quand elle s’est partagée en deux directions différentes, elle s’est tout simplement éteinte. »

Il est détaché, serein. Vincent comprend les hommes mais ne les aime pas. Vincent n’admet pas ses faiblesses mais les hurle silencieusement. Vincent est incapable, au fond, de se diviser. Il n’y a jamais eu qu’un seul amour (déchu), une seule foi (déchue). Il n’y jamais eu qu’une chose, au-dessus de tout et, même si elle a pu changer d’apparence, au fil des années, il a été incapable de pouvoir river son regard sur des hauteurs trop différentes.

Alors non, il ne le comprend pas, bien évidemment, Harlequin et son amour pour la scène, Harlequin et son affection pour le public, Harlequin et sa protection, Harlequin et son indiscutable fidélité. Harlequin, capable de faire ce lui n’a pu faire.

Il n’y a pas de colère, il n’y a pas de déception, simplement l’habituelle acceptation qui l’habite, une résignation mêlée à une rage froide. Et en dessous, sous les éclats et les sourires, sous les yeux impénétrables et les mots futiles, il y a comme une rancœur, une envie vite éteinte parce que, vraiment, désirer pleinement et chuter si fort qu’on en perd tout, c’est beau aussi, à sa manière.

« Parfois, j’oublie qu’on peut désirer de façon différente, sans tromper et sans heurt. » Il a un sourire presque désolé, des éclats d’incertitude qui sont tranchants parce qu’inhabituels et es-tu sincère, Vincent, peux-tu l’être encore ? « Je t’envie d’en être capable. »

L’ombre s’étend, s’étend, s’étend. Il est là, le drame, au fond. Il n’a jamais vraiment détourné les yeux de son enfer personnel.
Harlequin
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Mer 13 Aoû - 20:40






Ceux qui
devrait
apprendre






Harlequin ne pouvait vraiment qu'observer et déduire. Il n'était pas acteur, dans cette folle histoire, il n'y avait pas de ficelles à ses chevilles et à ses poignets. Les pansements, il les y avait mis lui-même, pour empêcher la lave de couler hors de ses veines. C'était plus simple comme ça. Ne pas se poser de question, dégager la frustration du revers de la main, ne pas s'investir, c'était plus simple.

Harle suivrait toujours Vincent, pas parce qu'il avait une dette envers lui - il en avait une, du reste - mais parce qu'il n'y avait tout bonnement rien d'autre, nulle part, pour lui. La vie avec son père était terminée, et plus que ça, révolue. Maintenant, c'était la vie avec Vincent, la vie dans le cirque.

Ce n'était pas qu'une couverture, cette vie, c'était une vie. Vincent vivait tellement la sienne pour ce qui se passait en coulisse qu'il ratait toutes les scènes. A force de vivre sa vie, Vincent ratait celle des hommes qu'il dépréciait tellement. Comme s'il oubliait qu'il en était un aussi.

▬ Tu dois être plus indulgent, expliqua Harle comme s'il était l'aîné ou le plus sage ici. Les humains sont faibles, et toi tu oublies ça.

Harlequin ne se comprenait pas dans "les humains". Ni lui, ni Vincent, évidemment. Ils pouvaient baisser les yeux et voir sous eux les humains, mais le leader du cirque restait obstinément dos à eux. Ils n'étaient que l'ennemi de son précieuse, son adorée Fontaine. Vincent ne voyait que la masse grouillante quand Harle voyait la rage, la passion, la folie, la tendresse. C'était beau, l'humanité. C'était dur, mais c'était beau, et lui, il le savait. Et il savait - il en mettrait ses mains au feu - que Vincent l'ignorait.

Lui, il était tourné vers le mythe et vers la Fontaine. Il n'avait pas de temps pour apprendre ce qui lui manquait. Il ne pouvait que râler et condamner les bassesses, pas les pardonner. Harle ne réalisait pas qu'ils auraient du apprendre l'un de l'autre, il ne voyait que le côté dans lequel l'autre aurait du le laisser combler ses lacunes profondes.

▬ Tu rates tellement de choses splendides.

C'était dans la boue et la nuit sale que Harle avait vu les choses les plus splendides. Comme les fleurs qui s'élevaient des marécages, ça avait été quelque chose de complètement inattendu, et d'autant plus beau. Il ne pouvait pas raconter ça, surtout pas à quelqu'un comme Vincent, comment se faire comprendre d'une personne comme lui, aussi peu indulgente. Aussi peu humaine.

Il n'était pas un monstre, non, loin de là, mais clairement, il n'était plus un humain. Peut-être s'était-il élevé au rang de dieu, même imparfait, à force de se languir de la chose divine qui torturait sa tête et emprisonnait son coeur. Il ne restait plus de place pour le hommes, ni dans l'un ni dans l'autre.

▬ Moi, par exemple. Et pourtant, à chaque fois, tu me rates.

Harlequin était au sommet, aucun autre n'était meilleur que lui, et pourtant, ça ne suffisait pas à faire tomber Vincent de sa tour de Babel pour qu'il daigne les regarder. Il lui sourit, ils se sourient. Les sourires sont pour les humains, Vincent, peux-tu vraiment sourire ?

Harle prit une mèche de ses longs cheveux et la peigna avec ses doigts gantés. La fidélité, ah... Vincent avait tellement peur, de tellement de choses. Et il ne laissait rien ni personne le rassurer. D'un autre côté, s'il n'était pas éternellement angoissé, qui le serait ? Il les rendait vigilants. C'était parce qu'il était angoissé que Harle faisait attention à ce que rien ne perturbe le cirque. Lui, c'était ça qu'il devait protéger.

▬ Avec tout le respect que je te dois, Vincent...

Et bien sûr, chaque phrase qui commençait par ça était terriblement irrespectueuse.

▬ Ce serait une erreur de prendre ton expérience pour une généralité.

Harle savait bien qu'il tirait sur la corde de la tolérance de son supérieur. Il fallait adoucir la conversation, ou au moins la détourner, maintenant, s'il ne voulait pas se faire taper sur les doigts. Il était assez beau parleur pour ça, mais Vincent était-il assez bon écouteur ?

▬ Ta vie t'a conduit à devenir un leader comme tu l'es maintenant, elle est forcément atypique.

Encore un peu.

▬ Les êtres uniques sont handicapés quand il faut se mêler à la foule.

C'était si vrai que ça se vérifiait immédiatement : Harle, qui avait passé tellement de temps à n'être personne, aimait follement les hommes, en particulier ceux qui l'admiraient, et Vincent, unique peut-être dès la naissance, aimait une déité. Fallait-il être compréhensif et indulgent aussi envers lui, qui n'était qu'un homme, ou fallait-il le plaindre de loin, lui le dieu blessé ?

Harlequin se redressa
Quoi ? Il l'enviait ? Vincent ? Il l'enviait ? Lui ? Avec un sourire, ni satisfait ni soulagé, quelque part entre les deux, le cracheur de feu se leva de son siège, prit le temps de lisser ses vêtements pour faire retentir un roulement de tambour silencieux, pour se donner plus d'importance.

▬ Puisque tu m'envies, laisse-toi apprendre de moi ! dit-il, presque rieur. Souviens-toi, je suis celui qui aime !

Il n'y avait pas assez de place pour tout le monde dans la tête de cet immature Harlequin, mais dans son coeur, il y en aurait toujours.




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