DRAMATIS PERSONAE

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CONTEXTE

Venise a sombré, Venise a peur. L'eau s'est teintée de rouge, les rues devenues dangereuses. Cette ville autrefois si magnifique, si belle, comme un petit paradis sur terre est devenue froide et lugubre. À la recherche d'une jeunesse éternelle, deux organismes s'affrontent dans les rues de Venise dans un jeu de meurtre inlassable.

Aileen LevyAres RiveiraMnemosyne
06.08

On fait le plein de nouveauté! C'est par ici.

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• Nigel just needs this helping hand

Nigel
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Ven 6 Juin - 21:28
Nigel


Caractère

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Nigel voudrait être quelqu'un de calme. Il ne va pas spontanément au-devant des ennuis, mais ceux-ci s'entêtent indéfiniment à le poursuivre. Alors; au lieu d'être l'homme posé qu'il souhaiterait, Nigel est fatigué. Il a depuis trop longtemps oublié de se rattacher à des illusions et des rêves. Il n'attend ni ne croit aux miracles et ne fais même plus l'effort de faire semblant pour se voiler la face devant les autres et devant son miroir. Malgré cela, il sait que la vie est un don précieux et éphémère et qu'il doit en profiter avant qu'elle ne s'évapore elle aussi, comme beaucoup de choses qu'il a connu. Il a décidé que, merde y a pas de raisons qu'il se laisse écraser par la déprime, alors même s'il n'est pas euphorique, on ne le verra pas s'apitoyer sur son sort. En fait, il en rit même. Si on lui demande, il lâchera autour d'un verre qu'il a une histoire à coucher dehors et balancera nonchalamment un paquet invisible par-dessus son épaule, comme pour chasser le mauvais oeil. Tout ce qui l'a fait, tel qu'il est aujourd'hui, il l'a à peu près enfoui; parfois des épisodes lui reviennent en tête et lui, ingénu, se demande pourquoi diantre il se souvient de ça, avec un petit rire amer.

Nigel c'est donc quelqu'un qui ne cherche pas la bagarre, il a même l'air carrément inoffensif accompagné de ses chats, bien soignés pour la prochaine représentation. Pourtant, on lui fait souvent remarquer qu'il a la subtilité d'un morse en cavale et le regard taciturne du mec qui te prend de haut. En crachant un nuage de fumée et écrasant sa cigarette, il explose de rire pour toute réponse. Il connait sa place et ses limites, mais parfois c'est vrai, c'est plus fort que lui, il faut qu'il sorte le petit commentaire qui le chatouille en dansant sur sa langue. Nigel, il n'aime pas les situations sérieuses, il a besoin de diluer les images tamisées en noir et blanc (et rouge) comme un vieux film qu'on colorise, de casser l'uniforme en s'y glissant à l'improviste.

Nigel, il ne se cherche pas d'excuses. Il n'accorde plus sa confiance, celle avec un grand C, si facilement et naturellement n'attend pas à ce qu'on compte sur lui. Depuis qu'il est au cirque, il cherche tout de même à faire des efforts, c'est son refuge il n'a pas envie de le perdre. Mais il reste une vraie tête de linotte et il s'étonne qu'on ne l'ait pas plaqué plus souvent contre un mur pour lui cracher son irritation à la figure. En fait, il s'en étonnerait s'il n'était pas une grande asperge, terrible et magnifique dompteur de félins aux griffes acérées, crêpe à ses heures perdues.
Info Pratiques
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NIGEL dit Patacrêpe
Vingt-neuf ans
Néerlandais
Luvenis Circus & Dompteur de Chats & Voleur
Pâte à crêpe 【STERNUNTUR】
Nigel peut tout simplement s'aplatir comme une crêpe littéralement. Il devient fin, presque fluide et se faufile mieux qu'un serpent quelque soit l'espace: sous les portes, entre les barreaux ou encore dans les foules compactes. Il a pourtant l'impression de perdre un tour de taille chaque fois qu'il change de forme, ce qui le désole et l'embête grandement. Il n'est déjà pas bien gros et être presque inconsistant poserait énormément de problèmes au quotidien. De plus, la forme crêpe n'est pas très appréciée de son système interne, qui se détériore un peu plus à chaque transformation.




Histoire

.

NB - Chronologie passée au moulinex, désolé. numéro = âge.

16. Name.

Ses yeux parcourent la pièce passablement moche, il faut le dire. Des murs délavés, des portes d'hôpital, des fenêtres à barreaux d'où on peut voir les pieds des passants -seulement les pieds alors ça doit être un sous-sol. Il entend le cliquetis désagréable d'un vieux clavier et une voix comme lointaine, il n'arrive pas à entendre ce qu'elle dit. La voix l'interpelle de plus en plus fort et enfin il lève les yeux pour voir une personne floue devant lui, comme s'il venait de se réveiller d'un long sommeil.

« — Hé! Tu m'entends? »

Il lève les sourcils pour dire « oui ».

« — C'est le bon nom alors? »

Il n'a rien écouté. D'ailleurs son nom il ne sait même plus ce que c'est. Ça fait trop longtemps qu'on ne l'a pas appelé, trop longtemps qu'il n'a pas essayé d'écouter le monde.  S’il était mort il ne verrait pas la différence, aussi transparent et insignifiant qu’un fantôme sans endroit à hanter. Il se gratte l'œil, son premier mouvement depuis quelques minutes déjà.

« — Comment vous le connaissez, mon nom? »
« — J'ai appelé ton école... Ils disent que ça fait un moment qu'ils ne t'ont pas vu d'ailleurs. Ils m'ont donné le numéro de ta mère, elle va arriver. »

L'école? Il n'est même pas exactement sûr d'y avoir déjà mis les pieds? Jusque-là ça ne dérangeait apparemment personne, à part cette assistante sociale – c’est en tous cas ce que dit son badge, si ses yeux fatigués savent encore lire.

« — Vous savez, je sais même pas comment je suis arrivé ici, alors me rappeler d'aller à l'école... »
« — Tu ne te souviens pas? Des policiers t'ont arrêté et t'ont amené ici. »

Il fronce les sourcils en essayant de se souvenir. Ne lui viennent en tête que des miaulements, des griffes contre un grillage et une musique de science-fiction trop aiguë comme on en fait plus depuis longtemps. Il frotte son visage de ses longues mains, secoue vigoureusement la tête et ouvre enfin de grands yeux en affichant même un petit sourire crispé. La femme a un mouvement de recul sur sa chaise à roulettes.

« — Pourquoi ils m'ont arrêté? J'ai fait quelque chose de mal? »
« — Euh... » Elle a l'air de plus en plus mal à l'aise. « Ils m'ont seulement raconté que tu leur semblais louche, tu passais devant leur voiture et ... » Elle hoquète de surprise sans terminer sa phrase.
« — J'ai l'air louche? » Il sent tout son visage prendre une expression tellement désolée qu'il aurait pitié de lui-même.

Après ça, ils ne se disent plus rien pendant un bon moment. Lui sur une chaise industrielle qui lui fait mal au dos entreprend de jouer avec ses mèches blondes. Elle semble captivée par son écran d’ordinateur d’un autre temps, alors qu’elle ne fait que dévorer des yeux le jeune garçon séparé d’elle par un bureau. « Vous me faîtes peur. » A-t-il envie de lui crier, mais il se retient parce qu’elle doit certainement penser la même chose et c’est pour ça qu’elle le surveille avec autant d’ardeur.

Quand enfin quelque chose vient briser le silence, il en tombe de sa chaise. Une autre femme, en jogging sale et mal coiffée, s’installe sur la chaise près de la sienne sans gênes ni un regard pour qui que ce soit. Elle a l’air très absorbé par son vieux téléphone qui devrait bientôt rendre l’âme.

« — Vous êtes sa mère ? »
« — Ouais. »


La nouvelle venue crache presque sa réponse pendant qu’il remonte sur sa propre chaise, qu’il prend soin d’éloigner un maximum.

« — Merci d’être venue… »
« — J’ai pas toute la journée, qu’est-ce qu’il a fait ce sale gosse ?! »


Elle essaye de le frapper mais il s’est suffisamment espacé pour pouvoir l’esquiver. Elle râle, il souffle de soulagement et se met à réfléchir à toute vitesse.

« — Madame, on prendra le temps qu’il faudra. Dîtes-moi d’abord pourquoi votre fils de 16 ans n’est pas en cours à l’heure actuelle. »
« — Oh ! Mais qu’elle est chiante avec ses grandes phrases la sale chi… »

« —  Maman ! »

L’échange est musclé et continue encore un moment jusqu’à ce qu’elles s’interrompent toutes les deux : l’une prête à répondre à la provocation, l’autre à se lever pour les atteindre, lui et l’assistante et leur donner une bonne correction. Finalement, c’est lui qui se lève et tape sauvagement sur la table, les larmes aux yeux, bien qu’il ne puisse pas affirmer qu’elles soient vraiment sincères.

« — Mais faites quelque chose, c’est votre boulot non ? Arrêtez-là, vous voyez comment elle agit rien qu’avec vous!  Elle est dangereuse, elle est mauvaise. » Sa voix se brise pour faire encore plus vrai. « Empêchez-la de me faire du mal…  »

Sur son dernier sanglot il relève ses manches et son T-shirt, révélant des marques bleuâtres et des coupures encore ouvertes. De derrière son bureau, la femme saisit tout de suite le téléphone. Celle qui est sa mère commence à s’agiter.

« — On est où ici ? Vous ne le croyez-pas hein ? Il s’est fait ça tout seul il est trop maladroit… » Elle ricane beaucoup trop nerveusement pour que ses propos soient pris au sérieux.

L’envie de rire lui prend aussi, mais il s’abstient. Un sentiment de grand soulagement l’envahit : c’est sûrement ce qu’on appelle la victoire. Il a su saisir cette opportunité même s’il n’a toujours aucune idée de comment il est arrivé dans ce bureau – on lui a expliqué non ? En tout cas, c’est une chance inespérée pour se débarrasser d’elle, sa mère, sans se rendre coupable d’aucun crime.  Elle essaye de s’enfuir, deux policiers à l’air familier l’en empêchent. La scène est trop rapide, on a du mal à suivre l’enchaînement des événements. Mais quand elle lui jette un ultime regard,  il a cette agréable impression que c’est le dernier pour de bon, il lui sourit discrètement et elle crie de rage.

Plus rien.

Il réalise enfin qu’on lui parle. L’assistante sociale qui l’a reçu et fait arrêter sa mère est venue avec lui jusqu’à l’hôpital où on lui a rapidement bandé la moitié du corps.

« — Attends-moi ici, je vais chercher la voiture et on retourne au centre. »

Elle le fait asseoir sur une rangée de siège en plastique. Dès qu’elle est hors de vue, il disparaît par une sortie de secours et s’enfuit par des ruelles sombres comme on le voit trop dans les films américains.

Il arrive chez lui, une caravane miteuse dans un camping de vacances quasi désert et sur le point de mettre la clé sous la porte. Sa clé à lui, il la trouve sous le paillasson troué. Tout de suite à l’intérieur, ses oreilles sont agressées par des pépiements stridents. Il tourne la tête pour voir Wanda et Nigel, le couple d’Inséparables de sa mère, qu’elle chérit plus que tout. Ou plutôt, qu’elle chérissait. Après avoir rempli un sac de barres de céréales et de quelques vêtements, son attention se reporte sur eux.

Les oiseaux crient quand il met une main dans la cage et attrape Wanda. Nigel essaye tant bien que mal de croquer ses doigts de son petit bec, il bat nerveusement des ailes, mais son aimée lui est tout de même retirée. La cage se referme sur lui et le garçon à l’impression de l’entendre pleurer. Sans s’en soucier outre mesure, il sort de la caravane où l’attendent trois félins affamés. Ils ont l’habitude d’être nourris et cajolés par ses mains et aujourd’hui sont plus excités que jamais à la vue du petit être qui s’agite de moins en moins vigoureusement. L’objet de leur convoitise disparaît un instant derrière des doigts magiques, on en entend un petit claquement et quand il réapparaît, l’oiseau pend sans vie. Il est soigneusement déposé devant les chats qui se le partagent sans faire d’histoires.

« — Hey ! »

Il regarde sagement les chats finir leur repas et se lécher les babines quand une voix l’interpelle et il s’étonne d’y avoir fait attention cette fois. Un garçon, d’un an de moins que lui peut-être, s’accroupi près de lui et l’embrasse. Il est quasi certain qu’il est censé être heureux après un tel geste alors il sourit en espérant que ça ne paraisse pas trop forcé. Quand le nouveau venu demande tout de suite ce qu’il s’est passé, le « fugitif » lui raconte tout sans rien omettre et il apprécie d’avoir un public avec de si bonnes réactions. A la fin le garçon pleure même pour lui, alors qu’il devait se produire l’inverse c’est à lui de consoler son si bon petit auditeur. Après quelques échanges doux, chauds et étrangement sucrés, il sèche enfin ses larmes.

« — Tu pourrais venir chez moi, mes parents sont en Allemagne jusqu’à la semaine prochaine. »

C’est difficile de refuser et tout se règle avec cette simple proposition.

« — Au fait… » Le plus jeune hésite « Ca fait un moment qu’on se connait maintenant, mais je m’appelle Klemens. Euh. Et toi ? »

Il fait un effort pour s’en souvenir. On lui a pourtant rappelé dans la journée, son nom, son fichu nom. Une des plumes de Wanda passe sous son nez. Il ne reste plus rien d’elle que quelques ossements et des plumes au vent. Il n’a pas besoin de retourner dans la caravane pour savoir qu’un autre cadavre y repose. Il prend une grande bouffée d’air et se lève.

« — Tu peux m’appeler Nigel. »



26. Secret.

La lumière est tamisée, on sent une forte odeur de cigarette et un jukebox, qui étonnement fonctionne malgré le couche de poussière qui le recouvre, crache des notes d'un vieux morceau populaire en italien. Nigel est appuyé sur le comptoir, assis sur un tabouret trop petit pour lui. Même dans sa situation, il n'essaie pas de se cacher. Il a joué le jeu, juste un peu au début, mais il sait pertinemment que le meilleur moyen de passer inaperçu c'est de paraître naturel.

Doucement, il demande une autre tournée. Le barman lui sert sa cinquième tasse de café de la nuit avec un drôle de regard avant d'aller servir à un pochtron, sûrement plus en état de boire, du rhum dans une chope de bière.

Les quelques clients et le patron sursautent quand la porte s'ouvre bruyamment sur le déluge extérieur. Un couple entre, trempé et s'installe à une table proche du radiateur. Le barman tire une grimace avant d'aller les aborder, visiblement mécontent de devoir cesser de vider ses bouteilles de rhum. C'est ce moment que choisit un client pour s'installer au comptoir, près de Nigel, qui ne lui prête pas attention, trop concentré sur le nuage diffusé par la chaleur de sa tasse de café long plus trois doses de sucre.

« — Hey petit! »

L'homme a vraiment une drôle de voix, celle de quelqu'un qui sort d'un long sommeil et pourtant meurt d'envie d'hurler. Cette anomalie fait tourner la tête à Nigel qui s’étouffe. L'homme et petit, vraiment petit, même assis il voit le dessus de son crâne chauve avec un perspective en plongée déconcertante. Le petit homme donc, jette un coup d'œil autour de lui avant de reporter son attention sur la grande asperge qui le dévisage, comme une abomination ou un surprenant paysage, au choix. Nigel lui-même n'en est pas certain et l'inconnu à l'air de sentir son indécision dans son visage tiré de pur étonnement.

« — Fais pas cette tête, tu fais peur. Je sais qui tu es et je pense que t'as besoin de me connaitre. »

Nigel ne peut que produire un son rauque et étouffé pour s'empêcher à la fois de rire et de pleurer. Il est épuisé, se shoote à la caféine dans le seul bar miteux d'une petite ville de campagne et un inconnu à l'apparence terriblement ridicule débarque et décide de venir se présenter. Comme s'il n'avait pas assez de problèmes, comme si une puissance omnipotente s'amusait à le faire trébucher sans arrêt et il l'entend un rire lointain en dégringolant la pente de la colline comme dans un vieux cartoon démodé.

Bien sûr, il pourrait avaler son café, se brûler la langue et la gorge au passage, s'enfuir dans la tempête qui fait rage dehors et sûrement mourir d'hypothermie quelque part dans un champ italien. Mais en y réfléchissant bien, cela fait déjà plusieurs semaines qu'il déambule sans but, sans nulle part où aller, alors quoi que cet énergumène ait à lui dire, c'est plus alléchant que ce que son imagination vient de lui offrir. Il entend un battement sourd en laissant tomber sa tête sur le bar, remarque à l'occasion que la tête de l'homme est tout juste à sa hauteur, mais au moins il peut croiser les yeux de son interlocuteur qui sont étonnement clairs.

« — Vraiment? J'ai besoin de beaucoup de chose vous-savez, mais vous connaitre ça m'était pas venu en tête. »
« — Tu fais du sarcasme dans ton état? Y a de bien drôles de gens dans ce monde. »
« — Et donc vous voulez quoi en fait? »

L'homme caresse ses sourcils débraillés tout en jaugeant Nigel qui lutte contre l'idée de se redresser pour s'éloigner de ces yeux si dépareillés du tout auquel ils appartiennent. Enfin l'homme prend une grande inspiration et se racle bruyamment la gorge.

« — Comment va ta mère? »
« — Pardon?! »    

Nigel a toujours la joue appuyée contre le comptoir, il la sent chauffé sous la colère. Voilà une personne dont il ne voulait pas se rappeler. L'étranger secoue la tête, trop fort et trop vite.

« — Non, c'est pas ça. Je sais comment elle va je l'ai vu. » Il continue avant que Nigel ne puisse l'interrompre. « Je suppose que je dois m'excuser pour ce qu'elle t'a fait? Tu sais elle était différente quand je l'ai rencontré, c'était il y a longtemps certes, mais bon c'est pas grave. Elle t'a traité de tous les noms, je pense pas que tu aies besoin de savoir ça. Bref, ce que j'essaie de te dire c'est qu'elle est sorti de prison, enfin non; ça fait un moment déjà qu'ils l'ont libérée, ça fait plusieurs années que je te cherche. Quand j'ai enfin appris que t'étais toi aussi derrière les barreaux, j'ai cru que je te tenais, mais j'ai su que t'y étais plus. » Il râle un court instant. « D'ailleurs t'es sacrément dans la panade! C'est quoi ces cheveux bleus d'ailleurs, pas discret du tout... »
« — La suite de votre majestueuse épopée au lieu de mes cheveux peut-être? » Nigel arrive difficilement à soupirer dans la tirade sans fin.
« — Oui pardon. Au fait, on m'appelle Knot. Donc tout ça pour dire je te cherchais pour te dire que je suis ton père et ça tombe drôlement bien que j'ai un fils, voilà. »

On tousse fort, mais c'est le barman et le couple de touriste réfugié, qui semblent avoir tout entendu et rient, sans gêne, d'une histoire à la chute si ridiculement clichée. Nigel n'a pas bougé lui. Il pense sans aucun doute la même chose que le public et pour toute réponse agite la main entre lui et Knot qui semble comprendre sa question informulée. Il hoche gravement la tête.

« — Oui, sérieusement. »
« — D'accord. »

Il est évident qu'il n'en croit pas un mot, cependant il tient à en entendre plus.

« — Donc je tombe bien? »
« — Effectivement. Je suis vieux, j'avais besoin d'un héritier, donc tu tombes à pic. Ce qu'on va faire, c'est s'arrêter là pour cette nuit. Rencontre-moi plus tard dans la journée, loin de tout ça. » Son geste désigne toute la salle. « Je te dirai un secret. »
« — Ok non. » Nigel commence à se lever et saisit sa tasse de café maintenant froide, l'homme le retient.
« — J'en donne peut-être pas l'air, mais je suis bien conscient que ce que je te raconte est difficile à avaler. Mais je peux te promettre une chose : un endroit où aller et rester en sécurité. Je crois que vu ta situation c'est difficile à refuser. »

Nigel grimace. Jamais il n'a eu envie de verser une boisson qu'il a payée sur quelqu'un, pourtant sa main le démange. Il jette un rapide coup d'œil à leur public qui détourne tout de suite le regard. Avec un sourire crispé, il ne peut qu'accepter de retrouver Knot plus tard, mais lui tourne froidement le dos, réglant sa note. Il sort et s'enfonce en avançant dans le sol mouillé, le déluge désormais crachin agressif lui piquant le visage.    


24. Fear.

On entend la rumeur de la cour, mais le grillage de la fenêtre empêche de voir ce qui s'y passe. Nigel regarde autour de lui, distrait. Il se demande combien de fois encore des moments clés de sa vie se dérouleront dans des pièces avec aussi peu de charme. Des murs gris de saleté et certainement d'ondes négatives, des étagères bancales menaçant de s'effondrer sur lui, assis sagement sur un lit-brancard aussi peu confortable qu'un sol de gravier. Il a presque envie de s'inventer une télécommande, mettre sa vie en pause et redécorer la pièce avec un de ces logiciels informatiques qu'il était chargé de vendre il n'y a encore pas si longtemps.

Un homme à l'air tristement désintéressé s'approche et claque des doigts devant les yeux d'ambre de Nigel. Il consulte en même temps un tas de feuilles cornées qui s'éparpillent dans ses mains, toutes prêtes à rejoindre le sol.

« — Félicitations. Tu es un alumnus. »

Il a levé les yeux de son document pour annoncer la nouvelle. Comme s'il s'agissait d'un mauvais manuscrit, celui-ci est d'ailleurs jeté nonchalamment sur un tas de scalpels et autres instruments médicaux. Nigel y voit un instant son vrai nom, mais détourne vite le regard en grimaçant.

« — Donc le fait que je m’aplatisse un peu aléatoirement, c'est pour toujours. Génial, ça me donne envie de pleurer. »
« — Avoue que t'espérais que ce soit un autre alumnus qui joue avec ton corps. Va falloir apprendre à le contrôler. »
« — C'est vachement désagréable donc oui. N'empêche j'aurais bien aimé me voir, ça devait être hilare. Tu crois pas, Vince? »
« — Je sais pas trop. Et arrête de m'appeler comme ça. » Vincenzo soupire. « Normalement tu devrais être transféré dans l'aile spécialisée, mais j'ai baratiné un peu le directeur pour que tu restes. » Il s'éclaircit la voix pour répéter ses propos. « Un alumnus tout à fait inoffensif pour son entourage, inutile pour s'échapper. Gros mensonge, tu te barres quand tu veux avec ce truc. »
« — Je te manquerais trop. »

Vince rit un instant, mais reprend trop vite son air blasé. Ses mains dans sa blouse blanche s'agitent et il sort un petit carnet.

« — Je suis censé faire un suivi psychologique aussi. Raconte-moi un truc qu'on en finisse vite. »    
« — J'aimerais pas avoir ton boulot. »
« — Dès ma première année je rêvais déjà me faire envoyer dans une infirmerie pénitentiaire, tu sais bien. » Il lève les yeux au ciel. « Vas-y n'importe quoi, un rêve. »
« — Je me souviens pas de mes rêves. Toi par contre, tu rêves de détenu toute la nuit je le sais. » Vince le frappe doucement, trop pour faire croire qu'il est vexé. « Si j'invente que je cauchemarde sur mon procès et l'histoire avant ça va? »

Le médecin acquiesce, alors Nigel lui fait son numéro. Il explique comment il est arrivé en Italie, dis deux trois conneries sur son boulot qui manquait terriblement de piquant, raconte le plan que lui a proposé son collègue et pourquoi il a naïvement accepté de participer, pauvre de lui qui s'ennuyait tellement. Il prend les poses, mains sur son front, visage outré. Son complice l'a trahit. Il s'est enfuit avec tout l'argent qu'ils avaient détourné en ayant pris soin de le dénoncer avant de sauter le premier avion pour la Finlande.

« — La Finlande? »

Vince fait semblant de prendre des notes, mais invente une toute autre histoire pour son rapport. Nigel continue. Il récite les questions qu'on lui a posées au procès comme un poème qu'on apprend en primaire. Il répète aussi ses réponses, stupides, partiellement vraiment inventées au tribunal. Il n'a pas vendu son complice préférant raconter qu'il a en partie investi l'argent et envoyé le plus gros à une association qui œuvre pour la protection des amibes en danger. Enfin, sa sentence: huit ans, avec sursis.

« — En fait, ce qui m'a mis le plus mal à l'aise, c'est la juge et une des juré. Elles avaient le même maquillage bas de gamme... »

Nigel soupire longuement, secouant la tête les yeux clos pour chasser les souvenirs indésirables. Vince lève les yeux de son carnet.

« — T'es con. Fallait vendre le mec qui t'as doublé. »
« — Flemme. Et tu sais, il m'avait à peine trahi que j'avais oublié son nom. »
« — T'as besoin d'un traitement un peu plus dynamique pour ta mémoire? »

Un petit rire clair s'échappe d'entre les lèvres de Nigel et Vince s'approche de lui pour le partager. Quand il s'éloigne enfin, son patient doit retourner en cellule.

« — J'ai appris pour ta conditionnelle, au fait. »
« — Très franchement je sais pas ce que je pourrais faire une fois dehors. »
« — Va chez le coiffeur, change de couleur de cheveux. Etre blond ça te va vraiment pas, même si c'est naturel. »

Un gardien l'attend à la porte de l'infirmerie et ne cesse de lui jeter des regards en coin durant tout le trajet retour. Son compagnon de cellule lit tranquillement et pourtant comme toujours on dirait qu'il redoute quelque chose. Un autre gardien aboie un ordre et les cellules se retrouvent dans le noir, exceptée la leur où une liseuse jette des ombres sur les murs comme pour installer l'ambiance. On entend rien d'autre que les ressorts des lits jumeaux, les chuchotements dans l'intimité de l'obscurité, les pages qui se froissent et se tournent. Nigel fixe le plafond proche et gratte derrière les oreilles le vieux chat qu'on lui a confié lors d'un projet de réhabilitation des prisonniers. Le chat ronronne sur son ventre et Nigel est trop fatigué pour se demander pourquoi diable le matou est dans sa cellule alors qu'il devrait être dans sa propre cage à l'autre bout du bâtiment.

Il est réveillé, alors que la lune est encore haute, par des griffes s'enfonçant dans son torse et des gémissements rapidement étouffés. Nigel se crispe, sa respiration se coupe. Quand il ose un regard, le plus discrètement possible, un homme referme la porte de la cellule comme si de rien était et commence à s'éloigner. Un frisson, juste une sensation, mais il sait que l'homme qui devrait dormir dans le lit sous le sien est mort. Il ne vérifie même pas. Sans un bruit, n'osant pas briser l'horreur parfaite de la scène, il se lève, le chat sur les talons. Il se concentre, cherche cette sensation si désagréable et dans une grimace silencieuse s’aplatit pour se retrouver hors de sa cage. Désespéré, il se tourne vers la caméra de surveillance la plus proche, désactivée.

Puisqu'il est là il attrape le chat, son seul soutien émotionnel et tente ne pas perdre la trace de l'homme. Il le rattrape dans un couloir qui longe la cour. Ils échangent un regard et Nigel peut sentir ses poils se hérisser. Derrière ses lunettes cet inconnu est dangereux et pourtant il ne peut s'empêcher de l'admirer. Il produit un faible sourire, l'assassin le juge d'un regard ascenseur avant de tourner la tête et l'ignorer totalement.

Pas une parole. Pas un son. Ils se séparent.

Nigel connait bien la prison. Avec sa capacité à s’aplatir, peu importe combien il en souffre à l'intérieur, il est hors des grands murs si facilement que la tête lui tourne. Sans un regard en arrière, il s'applique à mettre le plus de distance entre lui et le meurtre duquel on va sans doute bientôt l'accuser.


28. Game.

Un museau moustachu vient chercher au creux de sa main une récompense avant de se remettre en place. La répétition se passe sans encombre, chaque chat connait sa place, son devoir, le tour qu’il doit exécuter. Peut-être que même eux se sentent artistes qui sait. Nigel réajuste les plis de ses manches, s’essuie le front en repliant son épaule en une drôle de contorsion. Venise est humide, mais il y fait chaud.

Il aurait ri si on lui avait prédit qu'il se retrouverait à s'amuser avec des félins dans un cirque, mais la situation actuelle n'a malheureusement rien de drôle. Des meurtres, des secrets, des forces étranges sont sûrement à l'œuvre. Il n'arrive pas à s’ôter de la tête l'idée de vendre toute cette histoire à un scénariste. La pièce qui en serait le produit fini aurait certainement un succès phénoménal. Les gens aiment les univers où ils se retrouvent, cependant ils aiment encore plus quand s'y invite une part de fantaisie macabre. « Inspiré d’une histoire vraie.» Il soupire, même sous le couvert des arbres, la sueur perle sur son front. Tout le monde sait ce qu'il se trame, tout le monde est avide d'informations et de pouvoir. Lui-même s’est invité autour de la table et fait partie de ceux qui ont juste une carte en plus, un demi-tour d'avance grâce à un dé chanceux et pourtant il souhaiterait être abandonné loin derrière, loin des horreurs qui se préparent.

« — Ton numéro est prêt, Patacrêpe? »
« — Oui, presque. Léonard doit encore répéter son dernier passage. »

Une voix féminine le sort de sa crise de soupir chronique. Ça lui arrive tellement souvent qu'il oublie d'arrêter. Mais il refuse de tomber à nouveau dans son état de fantôme qui erre sans but, sa première expérience avait été suffisamment désagréable. Si un vieux fou sénile, un cirque, un surnom sortit d'un paquet de céréales et une bande de chats ont pu le sauver, c'est pour lui la preuve que des fleurs vives peuvent pousser sous le ciel gris et que les oiseaux ne se brûlent pas tous leurs plumes dans l'immensité du ciel. Quand Knot lui a promis un lieu où il serait en sécurité, il lui a aussi déballé son petit secret, que beaucoup s’arracherait, qui a automatiquement inscrit Nigel au club d'activités secrètes du cirque –après un entretien nerveux précisons-le. Il pourrait s'en plaindre bien sûr, mais ça ne le dérange pas exactement - et c'est sans doute ce qui est le plus perturbant. Il aurait dû continuer de fuir et laisser une place vacante, sûrement que ça aurait intéressé quelqu'un d'autre. Cependant, il s'est jeté de son plein gré dans le foyer des ennuis. S'il ne regrette pas, il s'étonne chaque jour un peu plus de son choix.

Léonard miaule doucement, apparemment pressé de faire sa démonstration. Nigel lui susurre un ordre et le chat blanc s'exécute parfaitement, croquant sa récompense avant de rejoindre les autres.

« — Les chats sont mignons, mais il y a plus impressionnant. Tu n'as pas peur d'ennuyer ton public? » La propriétaire de la voix, une contorsionniste, pose un regard lourd de jugement sur le dresseur et sa bande de félins, puis lui tourne froidement le dos. « Aide-moi tu veux? »
« — Les lions et les tigres sont tous nés en captivité, ils sont habitués aux hommes. J'ai récupéré et dressé ces chats moi-même. Malgré leur petite taille se sont des animaux plein d'orgueil. Il bien plus difficile de s'en faire des alliés qu'un lionceau que tu as presque mis au monde toi-même. »

La jeune fille rit, étonnée par une explication qu'elle a déjà entendue maintes et maintes fois. Nigel tire une grimace d'agacement en pliant aussi facilement qu'une feuille le corps souple et entraîné de la demoiselle. Ses chats sont sa fierté et sa petite troupe personnelle. Ensemble, ils occupent le rôle de Voleur qui leur sied à merveille, Nigel doit bien l'avouer. Ils partent souvent en quête d'informations et sont peut-être les plus à même à revenir la hotte pleine de nouveautés en ayant pris le moins de risques possible. Comme pour approuver ses pensées, un vieux chat vient ronronner entre ses jambes, un regard suffit à Nigel pour reconnaitre Beemin, dont la plaque ne donne plus que «Bemn» tellement elle est usée à force de vadrouiller sur tous les toits de Venise. Personne d'autre ne le sait, mais chaque chat porte un petit micro habilement dissimulé et leur maître ne peut s'empêcher de penser que James Bond en personne en crèverait de jalousie.

« — C'est très sérieux ce que je te raconte! » Le corps ondulant qu'il porte le fait sortir de sa rêverie.
« — Je sais bien, mais tu m'énerves. Attrape mon pied. » Elle s’interrompt le temps que Nigel s’exécute. « Je dois me plier dans tous les sens tous les jours pour garder cette souplesse, alors que je sais que toi hop! Tu prends ta forme de crêpe et tu me remplaces quand tu veux. Alors quand je te vois avec tes chatons...» Nigel la coupe pour raconter le soin qu'il leur porte, complètement gaga. Elle reprend irritée. « Peu importe! Je préférerais qu'un lion te donne un coup de patte mortel et que mon rival disparaisse! »
« — Merci de ta franchise, je ne suis absolument pas vexé. Sache que ça ne m’intéresse pas d'utiliser mon corps pour mon travail. »

Nigel tousse violemment et se voit contraint de se libérer du poids de la femme-anguille. Telle une poupée à qui on a coupé les fils, elle tombe désarticulée et se relève comme si elle émergeait du sol même, avec une telle habilité que cette vision fait reculer Nigel. Son air s'est aigri, il l'imagine prête à cracher du venin.

« — Menteur. Je sais que le patron, toi et quelques autres vous mijotez un truc. »
« — J'aime pas traîner avec le patron, ses cheveux me font peur. »

Le visage maquillé de la jeune fille se tord en une mimique dégoûtée et elle s'éloigne. Nigel la regarde un instant. Elle a raison, mais lui non plus n'a pas totalement menti. Sa conscience n'a rien à se reprocher.

« — Zlabya, Léonard, Eiffel, Hokuto, Beemin, Milton. Tout le monde est là. » Il vérifie une dernière fois qu'aucun félin ne manque à l'appel et prend Beemin, le plus âgé, dans ses bras. « On va se trouver un endroit frais, j’ai envie d’une glace. »


Too young to die so keep running.







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YAYA YAAY YAAY
non
F.R.O.U.I.T.S
☆〜(ゝ。∂)
Lumpy 【HTF】

Si ça va pas, fouettez moi j'irais corriger fufu ♥

Pia J. Lupinelli
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Merci qui : Alone Messages : 41

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Ven 6 Juin - 21:52
Bon. Mon petit Nigel. Je suis désolé. Mais il va falloir tout modifier. /pan/
Non mais c'est très bien, j'aime beaucoup Nigel -même si... pauvre Wanda ;A; Enfin bref, je vois pas de problème avec ta fiche et je te valiide

(Bravo. Tu es le premier validé 8D)

• Nigel just needs this helping hand

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